
Chaque occasion que les marchés connaissent une bonne poussée soutenue, le sujet de la gestion passive ou indiciel et le courtage à escompte revient. Ce type de gestion permet de réduire les frais certes et jusqu’à maintenant les performances peuvent avoir été impressionnantes.
Le trimestre nous offre une bonne occasion de prendre un peu de recul sur cette tendance. Pendant longtemps, ils ont semblé être la solution simple et efficace pour investir, et dans bien des cas, ils l’ont été. Mais dans le contexte actuel, on commence à observer un changement intéressant qui mérite qu’on s’y attarde.
Un placement indiciel, c’est simplement un investissement qui vise à reproduire la performance d’un marché, comme un indice boursier. Concrètement, au lieu de choisir des entreprises une par une, on investit dans « un peu de tout ». Cette approche a plusieurs avantages : elle est peu coûteuse, diversifiée et demande peu d’intervention. Elle a particulièrement bien fonctionné dans un environnement où les marchés montaient de façon assez généralisée.
Or, depuis quelque temps, la dynamique est différente.
On observe que les écarts entre les entreprises se creusent. Certaines continuent de très bien performer, souvent les plus grandes et les plus connues, tandis que d’autres stagnent, voire reculent. Ce phénomène crée un marché à deux vitesses. Et dans ce type d’environnement, investir simplement « dans tout » ne donne pas nécessairement les mêmes résultats qu’auparavant.
C’est ici que la notion de sélection de titres, ou « stock picking », revient dans la discussion. Le stock picking consiste à choisir des entreprises spécifiques en fonction de leur qualité, de leur potentiel de croissance ou de leur valorisation. Dis simplement, c’est essayer d’identifier les entreprises les mieux positionnées plutôt que de suivre l’ensemble du marché.
Un bon exemple de cette situation est ce que l’on a vu du côté des entreprises de logiciels. Plusieurs titres du secteur ont été fortement corrigés au cours des derniers mois, souvent de manière assez uniforme. Pourtant, dans bien des cas, leurs perspectives demeurent solides : croissance des revenus, modèles d’affaires récurrents et rôle encore central dans l’économie numérique.
Ce mouvement s’explique en partie par les inquiétudes entourant l’intelligence artificielle, qui pourrait transformer certains modèles d’affaires. Mais en pratique, toutes les entreprises ne sont pas affectées de la même façon. Certaines pourraient être réellement fragilisées, tandis que d’autres sont bien positionnées pour en bénéficier.
C’est ici que la différence entre approche indicielle et gestion active devient particulièrement visible. Un placement indiciel, par définition, va réduire son exposition à l’ensemble du secteur lorsque celui-ci est sous pression, sans distinction. Autrement dit, il « met tout le monde dans le même panier », en diminuant la place des entreprises de logiciels dans son ensemble.
À l’inverse, une approche plus active permet de faire le tri : éviter les entreprises réellement menacées, tout en conservant — ou même en renforçant — l’exposition à celles qui ont les moyens de s’adapter ou de tirer profit des changements en cours.
Dans un marché où les gagnants et les perdants risquent d’être de plus en plus différenciés, cette capacité de sélection redevient particulièrement pertinente.
Pendant plusieurs années, l’approche active a été plus difficile à justifier. Pourquoi chercher à battre le marché quand celui-ci offrait déjà de bons rendements, de façon assez uniforme ? Mais aujourd’hui, alors que les différences de performance entre entreprises augmentent, la capacité de faire des choix plus ciblés peut redevenir un levier intéressant.
Cela ne veut pas dire que les placements indiciels ne sont plus pertinents — loin de là. Ils restent une excellente base dans un portefeuille, notamment pour assurer une diversification efficace et maintenir des coûts bas. Mais cela veut dire que le contexte actuel pourrait favoriser une approche plus équilibrée, combinant gestion indicielle et sélection plus active.
Cette réalité amène aussi une réflexion sur les frais de gestion. Les placements indiciels sont populaires en grande partie parce qu’ils sont peu coûteux, ce qui est tout à fait logique dans un marché où il est difficile de faire mieux que la moyenne. Toutefois, lorsque les écarts entre les entreprises augmentent et que certaines sont pénalisées de façon excessive, la valeur d’une gestion plus active peut devenir plus tangible. Autrement dit, payer un peu plus de frais peut se justifier si cela permet d’éviter certaines entreprises fragilisées — notamment face à des changements comme l’intelligence artificielle — et de mieux cibler celles qui ont de bonnes perspectives. L’enjeu n’est donc pas simplement de minimiser les frais, mais de s’assurer que ceux-ci apportent une réelle valeur dans le contexte de marché actuel.
Concrètement, qu’est-ce que cela change pour vous ?
D’abord, cela nous rappelle que tous les marchés ne se ressemblent pas. Il y a des périodes où une approche simple fonctionne très bien, et d’autres où il devient plus important d’être sélectif. Ensuite, cela met en lumière l’importance de ne pas regarder uniquement la performance globale d’un indice, mais aussi ce qui se passe à l’intérieur de celui-ci.
Par exemple, un indice peut afficher une bonne performance globale, alors qu’en réalité, une poignée de grandes entreprises en sont responsables. Cela peut donner une impression de solidité, alors que le reste du marché est plus fragile. Dans ce contexte, une approche réfléchie permet de mieux comprendre où se trouvent réellement les opportunités — et les risques.
Ce contexte nous rappelle aussi une chose importante : investir n’est pas qu’une question de produits, mais surtout de stratégie. Il n’existe pas une seule bonne façon d’investir en tout temps. L’important est d’avoir une approche cohérente, flexible et adaptée à l’environnement.
En résumé, les placements indiciels ont joué — et continuent de jouer — un rôle central dans la construction de portefeuilles. Mais, dans un marché plus fragmenté, où les écarts entre entreprises sont plus marqués, la sélection de titres peut retrouver une certaine pertinence. L’objectif n’est pas d’opposer ces deux approches, mais plutôt de bien les combiner.
Comme toujours, votre stratégie est construite en fonction de vos objectifs. Le contexte actuel ne change pas ces objectifs, mais il nous invite à rester attentifs et à ajuster notre approche lorsque cela est justifié.
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